Centre de vol à voile de Chartres
Histoires du club
::: Centre de Vol à Voile de Chartres :::











Grandes et petites aventures des vélivoles chartrains :


Le premier vol solo de Mathilde
2013


Les vacances de Sophie
2013


Le fabuleux triangle de 1010km
2003


Deux vélivoles Chartrains chez le baron HILTON
1996


Championnat de Régional au LOUROUX
1994




Championnat Région Centre

 

Le planeur, la remorque, le parachute, la batterie, le chargeur, les papiers, les bidons et l’entonnoir à water-ballast, le scotch, etc..., je n’ai rien oublié ? Ah oui ! Les tréteaux et la pile du phototime que me prête Julien ...
Après le dernier contrôle des feux de signalisation de la remorque du ZV (d’ailleurs ils ne marchent pas, ce qui n’est pas fait pour me ramener à un état de calme qui à fait ma réputation) et donc une remise en état, je m’aligne derrière Francis et Julien et mets le cap sur Tours.

Nous réglons nos montres, il est 17h, il vient de se mettre à pleuvoir et notre prochaine escale est la vélisurface de « La Raudière ». Mieux connue sous l’appellation « Le Louroux », c’est là que doivent commencer, dès le lendemain, et ce pendant toute la Pentecôte et Ascension le Championnat Régional Centre.

Tout au long de la route, France Info annonce pour les 4 prochains jours une tempête diluvienne. Bien, ça me laissera tout le temps de me régler!, et ce n’est pas plus mal, parce qu’avec mes 300 heures et mes presque 500 km, ce concours est une première.

Enfin, j’ai optimisé avec un super planeur V33, une remorque hyper opérationnelle et une équipe de dépannage, composée de Francis SVOBODNY et Julien HENRY qui propose une certaine garantie quant à l’efficacité. D’accord, ils en profitent également pour faire le concours sur RC et DA ....

Il n’y a pas de doute, il pleut et nous arrivons au LOUROUX vers 20h. Pas un chat, sauf le propriétaire agricole des lieux qui met à notre disposition le superbe gîte situé contre le bout de la piste. J’espère qu’une association de riverains efficace empêche tout décollage avant 8h du matin...

Les remorques sont délicatement déposés sur le véritable gazon anglais prévu à cet effet, sous un déluge caractéristique de la même contrée. Nous sommes rassurés quand Julien reconnaît des remorques d’Orléans et de Blois, traces indéniables d’un concours prévu sur la plate-forme.

Apparemment, tout baigne pour Francis et Julien et donc pour moi aussi. Ont-ils pour habitude de suivre un régime draconien avant une compétition ? Heureusement que non, ce qui nous permet d’aller se faire une bonne petite bouffe, déjà arrosée (ça commence mal !), dans un restaurant trouvé au hasard dans le village voisin de Sainte-Maure de Touraine.

On va se coucher et s’endormir rapidement, avec le doux bruit du ruissellement de la pluie sur la toiture, sauf Francis qui préfère préparer psychologiquement son vol de demain parce que ça va être fumant !

A 8h, Francis qui fait déjà des bonds depuis 1h, nous réveille en nous certifiant que le brouillard qui nous gâche la vue n’est qu’une brume de cerveau due à la convection crânienne résultante du petit Gamay de la veille. Il a vu une éclaircie. Recouche-toi Francis, t’es en vacances !!

Etant donné qu’il sort dehors sans fermer la porte, on est bien obligé de se remuer et finalement de constater qu’il a moins tort que les annonces de France Info de la veille. Il ne pleut presque plus !!!

Quelques formes errent dans le lointain près des remorques, recouvertes de fourrures polaires, bonnets et autres après-ski. Ca me rappelle mes stages d’Hiver à Issoire (ou la pub EDF avec le rameur dans les éléments déchaînés).

Quelle n’est pas ma surprise de voir ces formes se rapprocher, dans un saisissant mouvement d’ensemble (n’étant pas sans une certaine similitude avec le rassemblement de grands troupeaux de bovidés à la vue d’un planeur malencontreusement posé sur leur territoire), d’un olibrius gesticulant autours d’une remorque aux couleurs de notre belle région. Un des susdits riverains en colère contre les fonds régionaux m’inquiétais-je auprès de Julien ? Non point me répond-il, c’est Francis, il monte le RC, il a peut-être raison, vaudrait mieux monter nos planeurs. Mais qu’est-ce qu’il est calme, Julien, quand il m’annonce ça !.

Je m’imagine, à ce moment-là, non point au LOUROUX, mais à quelques 300 km de là, dans les bras à la fois de Morphée et de ma tendre épouse Marie-Claude. Mais qu’allais-je donc faire dans cette galère !.

Les organisateurs arrivent, décontractés, c’est aussi une première pour eux. « Les planeurs sont déjà en train de se monter ? C’est que F. Svobodny doit être là ! Pas besoin de prendre la météo, ça va donc être bon ! ».

Au secours, je suis chez les fous !!! Mais Julien me rassure : « T’as vu la réputation de Francis, il est autant connu au nord de la Loire qu’au sud . », c’est vrai qu’avec cet accent ...

On monte donc les machines . Francis et Julien me prodiguent 250 conseils, consignes, procédures et instructions. Tout baigne, j’ ai le cerveau qui tourne sur un 500 M / 66 Mhz.

Et puis tout s’accélère, c’est le briefing, les consignes de sécurité et d’utilisation de la plate-forme, la météo (ils n’auraient pas dû la prendre et s’en tenir à Francis) et enfin le circuit, un petit 180 km pour se mettre en jambe (Francis fait la gueule, il pensait déjà aux 500 km d’entrée !!).

Là je suis en pleine lévitation devant le flot d’informations et Francis et Julien me prennent à deux pour me faire redescendre sur terre (à quoi ça sert, d’ailleurs, puisqu’il faut y retourner très prochainement pour faire l’épreuve du jour).

Heureusement, mon bon V33 est en piste piaffant d’impatience. La météo à l’air d’être meilleur que prévue. Après tout c’est comme à CHARTRES, sauf que le gazon est beaucoup plus doux et que, si on veut, on peut faire un passage à l’arrivée.

A manger, à boire, le pipi, le phototime réglé, la carte avec les bons points de virage, tiens on a oublié de vérifier le compas ... OK, tout est prêt on y va. Je peux enfin découvrir LE LOUROUX de tout là-haut. J’en profite pour essayer de prendre quelques points de repère pour mes arrivées futures...

Mais déjà la porte est ouverte, les « pros » passent la ligne et le local du terrain s’est vidé. Où est la pompe au vent de l’horloge, la rue de nuages qui doit m’emmener au premier point ? Bon, on va pas s’énerver, je pars ! Curieusement, tout s’organise dans ma tête et je m’élance à mon tour, prêt à en découdre avec les éléments.

Les beaux cumulus ne tiennent pas toutes leurs promesses et l’heure tourne. Tour à tour égaré, (merci je savais qu’il fallait régler le compas après l’installation du nouveau calculateur !), ou en récupération sous la barre fatidique des 500 m, je me bagarre et vire SAUMUR puis arrive à POITIERS.

Julien qui vient de rentrer (Francis et lui ont tourné à 100 km/h), reprend alors le contact radio avec moi. C’est rassurant, d’autant plus que des cumulus, plus accueillant, ponctuent cette dernière branche de 60 km de stations service bien visibles et en plus ouvertes.

J’ai le visuel sur Sainte-Maure, l’étang du Louroux. Je suis à 25 de finesse, il n’y a pas de vent, Julien me confirme que ça devrait rentrer, c’est gagné. Une dernière petite bayonnette me permet de profiter en transition de l’ombre protectrice d’un cumulus, je suis sur un plan de finesse de deltaplane, je peux essayer un passage.

Feu vert de l’organisation, les consignes de Julien sont simples : vitesse 200 à 220 km/h, altitude mini 50 m, sangles resserrées, ménage dans le cockpit (pas d’objet en liberté), coudes calés, on bloque le manche (en évitant les corrections brutales) on gueule un grand coup et Banzaï !
Bien centré sur l’axe de la piste, ça va vite... « top » de la ligne d’arrivée avec les organisateurs qui me saluent amicalement, virage à droite, PTU, sortie du train et ne pas louper l’atterrissage parce que tout le monde regarde !!!

Je suis rentré, quelle satisfaction ! Et peu importe la moyenne. Francis et Julien sont presque autant heureux que moi : ils m’ont fait découvrir leur monde de la compétition et mon bonheur leur fait plaisir.

Les autres journées suivent et ne ressemble plus à ce jeudi de l’ascension mémorable. La météo, loin d’être apocalyptique (voir prévi à 4 jours de France Info que j’ai déjà évoquée), n’est quand même pas aussi favorable et m’oblige à mettre à contribution mon équipe de professionnels du dépannage.

Finalement, je ne sais pas si cette formule de choisir des pro comme équipier est si judicieuse que ça. C’est à peine si j’ai le temps d’écluser quelques petits verres avec les indigènes tourangeaux qu’ils se pointent. D’ailleurs une fois, j’ai carrément essayer de les perdre en route en leur donnant de fausses indications. Mais la BX avait du lire le « Petit Poucet », et je n’ai donc pas eu le temps de rouler sous la table (non Marie-Claude, je plaisante, ça n’allait pas jusqu’à ce point).
Je les soupçonne également de ne pas faire fonctionner ma valeureuse BX qu’avec du mazout. Enfin, ça doit la décrasser...

Je leur ai quand même réservé un chien de ma chienne quand on nous a envoyé (avec une prévision d’averses en début de soirée, ça ne vous surprendra pas, voir la qualité de la prévi de France Info dont je vous gonfle depuis le début...) au milieu des cunimbs pour un petit 200 km de rien du tout. Je me suis dit qu’ils allaient avoir besoin de moi et j’ai préféré leur réserver la surprise et leur rendre la pareille. Ca n’a pas loupé, heureusement, une fête nous attendait sur le terrain au retour qu’on a pu arroser tous les trois ensemble!!!.

Du point de vue strictement sportif, j’ai quand même réussi à mettre deux fois la pattée à Francis - Champion de France junior puis senior en classe club il y a quelques années -.: une première fois parce que son phototime n’imprimait pas le temps et une autre fois parce qu’il a tourné le circuit à l’envers !!! Julien m’a confirmé que de mémoire de bipède volant, on avait jamais vu ce dernier cas de figure. Faut toujours qu’il se singularise ! Enfin vous auriez vu sa tête quand il s’en est aperçu ...
Mais de ça je ne tire aucune gloire, parce que je pense que Francis n’était pas dans son état normal ces jours là (peut-être était-il toujours traumatisé par la prévi foireuse de France Info, vous savez ? celle à laquelle je fais allusion par ailleurs !). La preuve, c’est que sur la dernière épreuve (encore un petit 200 km), il a mis 30 mn à Julien qui jusque là avait tout gagné. Sans doute également qu’il avait dû se faire remonter une bretelle par Anne (qui n’est pas sa soeur mais sa femme) et qui avait fini par nous rejoindre, étant donné les résultats catastrophiques de son homme.

En conclusion, j’ai découvert une nouvelle dimension à notre sport fabuleux, celle qui va permettre de se comparer aux autres (encore qu’en l’occurence je me suis surtout bagarré contre moi-même), d’aller plus loin - sans prendre de risques néanmoins dans un tel cadre - et donc de progresser.
Je ne saurai conseiller de prendre comme dépanneur cette doublette Francis et Julien, encore qu’il faille un peu trop souvent, à mon goût, leur assurer le ravitaillement en élément liquide coloré (et pas du type mazout pour la BX).

Trêve de plaisanteries, un concours même de petit niveau se prépare : tant du point de vue matériel que dans la tête. Ces préparatifs sont simples : une check-list pour le matériel, il en existe une dans la salle pilote ou demandez aux compétiteurs de vous aidez à la faire (sauf YOYO qui à part la b... et le couteau...), et un petit court théorique sur le règlement et la nature des épreuves. F.-L. Henry avait d’ailleurs fait à ce propos un excellent article, que tout aficionados de SOUPAPE pourra consulter avant une prochaine réédition. La bible restant bien-entendu « La course en planeur » du regretté H. REICHMANN.

L’année 1995 est quasiment là, certainement magnifique (puisque France Info affirme le contraire) et je vais profiter de nos retrouvailles autours des travaux, cet hiver, pour préparer mon prochain concours.

Faites comme moi !!!



P. Briol avec l’aide de J. Henry